Adèle-Rose NYEKI-BELL est une ancienne élève du Collège François-Xavier Vogt, de la fin des années 90. Aujourd’hui, Médecin, Enseignante-Chercheure et Fondatrice d’une association humanitaire, cette femme nous passionne par son dynamisme et sa polyvalence. Elle a accepté de nous ouvrir son cœur et de partager avec nous quelques étapes de son original parcours.
Adèle-Rose, quel a été ton parcours après le Collège Vogt ?
Après mon Baccalauréat série D obtenu à la session 1997, j’ai été admise en 1ère année à la Faculté de Médecine et des Sciences Biomédicales (FMSB) de L’Université de Yaoundé I. À l’issue des 7 années de formation médicale et Doctorat en Médecine en poche, j’ai débuté ma carrière professionnelle au Centre Hospitalier et Universitaire de Yaoundé (CHUY) puis à Douala où j’aurai sous ma responsabilité à mon hôpital d’affectation, l’Unité de Prise En Charge des personnes atteintes de VIH et Tuberculose en collaboration avec l’organisation ‘Médecin Sans Frontières’.
Après ces années sur le terrain en tant que Médecin Généraliste, j’ai affronté le cursus de spécialisation en Oto-Rhino-Laryngologie et Chirurgie Cervico-Faciale (ORL-CCF). J’ai entamé ces nouvelles études au Cameroun dans ma Faculté d’origine puis j’ai été sélectionnée par la Commission d’Excellence Universitaire Helvétique pour poursuivre ma formation à Genève en Suisse. J’ai intégré les Hôpitaux Universitaires de Genève (HUG) et obtenu le Diplôme Suisse de Spécialisation en ORL-CCF de la Faculté de Médecine de Genève après avoir réussi celui du Cameroun. Dans le même temps, j’ai suivi plusieurs formations continues et complémentaires dans les domaines tels que la Recherche Clinique et l’Éthique, l’Anatomie chirurgicale, cancérologie cervico-faciale, otologie et audiophonologie de l’enfant.
Au Cameroun, je mis sur pied, avec le soutien de l’équipe dirigeante de l’Hôpital Gynéco-Obstétrique et Pédiatrique de Douala-Yassa, le pôle ORL-Ophtalmologie et Odontostomatologie dont j’ai été la cheffe de service durant 2 ans. Actuellement, j’exerce en tant que ORL-CCF à Yaoundé et je suis depuis 3 ans, Enseignante-Chercheure à la Faculté de Médecine et de Sciences Biomédicales de Yaoundé (FMSB).
Aujourd’hui tu es médecin Oto-Rhino-Laryngologiste et Chirurgienne Cervico-Faciale (ORL-CCF), était-ce ton ambition première ?
Mon choix pour cette spécialité a été agité par de nombreuses hésitations. En fait, je partais sur un choix de Pédiatrie, mon bon contact avec les enfants et l’aisance avec laquelle j’obtenais leur confiance me prédisposait dans ce sens. Mais des expériences douloureuses lors de mes stages en milieu hospitalier où j’ai été confrontée à des décès d’enfants ont eu raison de mon aspiration.
Prendre soin, alléger les souffrances rapidement, réparer avec efficacité et sans attendre font partie de mes grandes motivations en Médecine ; le choix vers une spécialité chirurgicale était ainsi mieux dessiné ! Au départ, je me vouais à une carrière de chirurgienne plasticienne, chirurgienne de la main ou de chirurgienne pédiatre (vu mes affinités particulières avec les enfants) et ma spécialité actuelle, au vu de sa multivalence me permets de faire tout ce dont j’ai envie ! Eurêkaaa. L’ORL-CCF comporte un volet chirurgical important que ce soit en chirurgie ouverte ou endoscopique, une branche pédiatrique et un aspect plastie et réparation de la région cervico faciale qui ont donc englobent tous mes désirs et le choix fut fait !
Ça va peut-être en faire sourire certains mais mon premier choix de carrière n’était pas la Médecine, J’ai toujours été attirée par les métiers d’écoute et de soutien aux autre. Mon rêve plus jeune, était d’intégrer Les Ordres Religieux et devenir Sœur, Servante du Seigneur.
On te sait engagée dans plusieurs activités associatives. D’ailleurs, tu es fondatrice d’une association pour le soutien aux enfants défavorisés, «Mahola».
Qu’est ce qui suscite cet intérêt pour les associations ?
Je suis de celles qui croient en la force des groupes, persuadée que des personnes ayant les mêmes objectifs et ayant un minimum de volonté peuvent parvenir à modifier des situations par leurs actions et faire bouger les lignes. Je suis l’ainée d’une grande fratrie et notre éducation a toujours été centrée autour des valeurs de responsabilité, de partage, de respect mutuel et de solidarité. De plus, mes années d’expérience en tant que sportive professionnelle et l’ensemble de mon cursus universitaire ou professionnel entre longues études éprouvantes et travail intense souvent loin des miens, m’ont fait remettre, profondément, en question les notions d’individualisme, d’orgueil et d’égocentrisme.
Je commence mes activités dans le monde associatif dès le début du collège où je fais mes premiers pas en Chorale et en Jeunesse Chrétienne, plus tard j’intègrerait l’équipe de Basket-ball puis de Volley-ball scolaire puis universitaire et ainsi j’apprends la vie en communauté, en groupes et les interactions positives qu’elles engendrent, dans les succès comme dans les échecs, tant pour la formation humaine et sociale mais aussi pour s’armer à affronter une vie dont le scénario ne sera pas toujours lisse et sans encombres (je m’en suis rendue compte des années après…)
Tout ce parcours en milieu associatif scolaire, chrétien, universitaire, sportif, médical, professionnel ou social…. Qui m’enrichit énormément, forgera cette personne, aujourd’hui, engagée, dynamique, volontaire et qui essaie au mieux de motiver, mentorer, coacher et impacter positivement, par ses actions, sa vie et celles des autres.
Parle nous de MAHOLA
MAHOLA est une association caritative internationale, qui est apolitique et sans but lucratif, que j’ai fondé avec pour objectif la promotion du bien-être humain et l’aide aux populations rurales ou vulnérables/défavorisées au Cameroun. « MAHOLA » est un mot en langue Bassa, entité ethnique camerounaise à laquelle j’appartiens et qui signifie « Entraide ». C’est un mot générique et répandu dans plusieurs associations ou groupes travaillant dans le secteur de la solidarité et de l’aide.
C’est une jeune organisation qui regroupe en son sein des personnes au grand cœur, venant d’horizons aussi éloignés que divers, rencontrés lors de mes multiples voyages et séjours hors de mon pays d’origine : Suisse, Californie, France, Canada, Pologne et bien sûr le Cameroun qui abrite le siège social. Nous travaillons sur plusieurs secteurs entre autres soutien aux orphelins et aux populations vulnérables, santé, formation et éducation des jeunes et surtout de la jeune fille. Nous avons déjà mené plusieurs actions caritatives notamment en milieu rural dans les régions du Littoral et du Centre ; dans des camps de déplacés internes de la zone anglophone du pays ; pour les orphelins de la ‘Fondation Petit Dan et Sarah’, pour les enfants et adolescents en situation difficile de la ville de Yaoundé en association avec la Caritas de la Chapelle Saint Jean d’Essos.Actuellement, nous sommes en train de réorganiser entièrement notre association pour en faire un projet plus grand avec la même portée humanitaire et solidaire.
En Juin 2021, tu as été identifié parmi les 100 femmes de l’émergence du Cameroun par l’auteur Pr Viviane ONDOUA BIWOLE et en Mai 2023 tu as fait partie des panelistes invités pour discuter de l’équité et du genre comme levier de renforcement de la Santé Globale.
Quelle émotion cela te suscite ?
Lorsque la Professeure Viviane Ondoua Biwolé m’annonce que j’ai été choisie pour figurer parmi toutes ces éminentes dames, le premier sentiment a été la surprise, vive surprise qui a rapidement été mêlée à une grande sensation d’inconfort, j’ai été très inconfortable d’être mise autant en lumière et de me dire que je ne suis pas vraiment à ma place, je vais le reconnaître. Son équipe de rédaction et elle-même se sont attelées à me donner moults explications et arguments de ce choix porté sur ma trajectoire et mes activités associatives et humanitaires, je m’en suis trouvée finalement émue et surtout très honorée de figurer dans ce classement avec des dames qui sont pour moi des modèles et des mentors.
Quant à représenter Women In Global Health Cameroon à la prochaine Assemblée Générale de la Santé à Genève , c’est tout aussi challengeant pour moi, je suis très honorée de la confiance de mes paires, membres de l’association, et motivée par ce défi de pouvoir faire entendre notre opinion sur la question d’Équité de Genre dans le domaine de la Santé Globale et de la Recherche ; de Contribuer à la création d’environnements propices au leadership transformateur en matière de Genre en santé mondiale et soutenir l’autonomisation des femmes.
En quelque mots quel est ta vision de la femme contemporaine ?
La femme contemporaine pour moi est une femme multivalente qui doit faire montre de valeurs, capacités et compétences importantes. Elle doit prendre conscience de sa place dans sa famille, son équipe de travail, son village, son voisinage et la société entière.Elle doit être ambitieuse sur le plan professionnel et doit pouvoir bien organiser sa vie familiale pour ne laisser aucun pan de son existence souffrir de la prévalence de l’autre.
Notre société veut qu’elle soit une « super héroïne des temps modernes » à qui tout est demandé et aucun manquement pardonné ! elle doit être à la fois : une fille respectueuse, une épouse responsable et aimante, une mère affectueuse, une collègue compétente… toutefois, elle doit pouvoir être une personne épanouie « dans toutes ses vies » car autant les challenges professionnels sont de plus en plus élevés au fil des années autant nos rôles traditionnels, eux, restent immuables. Elle doit pouvoir réaliser ses rêves et intégrer les différentes étapes imposées ou non par notre société traditionnelle : études, travail, famille, mariage, enfants, challenges.
La femme contemporaine doit concilier vie professionnelle et vie familiale, pouvoir réaliser ses ambitions professionnelles sans négliger ses exigences familiales et surtout, au bout de ce voyage, trouver son équilibre et son épanouissement personnel ! Elle doit donc être motivée, dynamique, être accompagnée et mentorée par de bons modèles et surtout intégrer ou former autour d’elle un networking efficace. Voilà pour moi le modèle de la femme contemporaine idéale, avec qui nous avons, chacune à des niveaux différents, maille à partir !
Ta vie semble bien remplie entre famille, profession, et passion. Pourrais-tu nous partager le déroulement d’une de tes journées type ?
Remplie ? oh que oui ! Bien ? je ne sais pas… (rires) Mais j’ai rarement des journées de semaine où je me tourne les pouces, en plus de mes rôles familiaux habituels ; En semaine, en général, je suis assez prise dans les activités hospitalières, universitaires associatives professionnelles ou extra professionnelles. Le week-end, si pas de garde, ce sera le temps idoine pour se recentrer sur des activités personnelles ou en familles, à la maison ou en extérieur et pratiquer mes hobbies : Mountain trekking, yoga, event planning.
Aurais-tu des astuces à partager aux femmes qui comme toi sont de plus en plus confrontées à d’importants challenges professionnels et familiaux et pouvoir concilier tous ces défis en restant performante, mais tout aussi belle et en bonne santé ?
Le fameux work-life balance…Nous sommes dans cette quête perpétuelle d’équilibre entre notre vie personnelle, familiale et notre vie professionnelle. L’équilibre travail-vie a une signification différente pour chacune de nous. Ce n’est pas un équilibre arithmétique de 50%-50%. C’est plutôt la sensation d’être épanouie et satisfaite, chacune doit trouver son propre curseur et le placer où elle se sent le plus équilibrée. Je n’aurai donc pas d’ordonnance types mais plutôt des petits conseils que je peux proposer comme tous ceux qui nous ont également été donnés par des ainées : Nous devons être super organisée , nous devons planifier notre carrière et calibrer nos ambitions professionnelles selon nos possibilités. Nous devons savoir gérer notre temps que nous consacrons à notre travail et celui que nous dévouons à notre famille en mettant une frontière entre ces deux mondes pour pouvoir éviter les interactions souvent délétères.
Le plus important c’est penser également à soi : en ayant du temps suffisant de repos pour se régénérer , faire des pauses, se détendre et soigner son alimentation, faire du sport, prendre des vacances et savoir se déconnecter de ce mal ancré dans notre temps : internet et ses réseaux sociaux !!! Plus facile à dire qu’à faire, me direz-vous, notre niveau de dépendance est tristement au plafond. Un des points qui me tient à cœur, c’est d’éviter, Nous, Femmes, de passer dans la dérive de l’ultra féminisme en respectant les hommes et les considérer comme des partenaires, des alliés et non des adversaires. Ils sont ceux, pour les plus ouverts et compréhensifs, qui nous accompagnent et nous épaulent dans nos combats… Malheureusement, pas le cas de tous, je vous l’accorde !
Enfin, chères sœurs, filles, mères, tantes… acceptons que nous ne sommes pas de super héroïnes, nous avons chacune nos propres limites ! Sachons ne pas culpabiliser si tout ne marche pas comme il faut ou lorsque la perfection ne sera pas atteinte (de toutes façons, elle n’est aucunement de ce monde, cette dame perfection !)
Adèle-Rose, aujourd’hui tu es membre de l’association OLG 90. Quel a été le déclic pour que tu y adhères ?
C’est tout naturellement que j’y ai adhéré, l’aventure vogtoise a laissé de si belles marques dans ma personnalité et dans cette Adèle-Rose que j’essaie de devenir aujourd’hui, que l’intégration à son réseau d’Alumni a été, pour moi, indubitable et le plus normal qui puisse être. J’en profite pour redire merci à tous les membres du bureau qui nous tiennent ensemble par des activités magnifiques et des idéaux qui sont nobles. Pour tous les autres membres actifs je réitère ma joie d’être avec eux, loin de nos années-collège mais toujours aussi proche via ce formidable réseau en toute fraternité, respect et solidarité et de respect.





0 commentaires