Ludovic Aurelien Kilama est un ancien élève du Collège François Xavier Vogt, des années 90. Diplômé en 1997 d’un Baccalauréat C (Mathématiques et Physiques), il allie aujourd’hui des compétences aussi diverses que surprenantes, loin des sentiers battus que lui prédestinait son orientation de scientifique au collège. Ensemble découvrons l’homme, le manager d’entreprise et surtout l’écrivain engagé.
Ludovic Kilama, quel a été ton parcours après le Collège Vogt ?
Parcours académique : Université de Yaoundé I, faculté des sciences, puis IUP de Cergy Pontoise (Master de génie civil et infrastructures).
Parcours professionnel : 04 années chargés d’opérations en contrôle construction en ile de France avant de rentrer au Cameroun, il y’a 12ans. Je travaille dans la construction, notamment tout ce qui concerne le respect des standards et de la qualité.
Comment en arrives-tu à l’écriture ?
J’adore la culture, plus précisément la lecture et l’écriture depuis l’adolescence. L’écriture a longtemps été un défouloir et un exutoire. Comme des marches matinales en forêt pour revigorer le corps et l’esprit. La littérature m’a permis de trouver les réponses aux questions existentielles et construit à la fois mon africanité et mon universalité. Notamment, mes fondations et ossature porteuse sont faîtes des mots écrits par Cheikh Anta Diop, Achille Mbembé, Hannah Arendt, Sartre, Kant, Nietzche, Césaire, Mongo Beti, Amélie Nothomb, Toni Morrison…. Puis j’ai connu une période avec une forte baisse d’envie de lire, notamment au début de la vie professionnelle. Puis découvrir Léonora Miano, Chimadanda Ngozi Adichie, Dambisa Moyo, Hemley Boum… m’a redonné cette envie d’écrire et de poursuivre cette « aventure ambigüe »
Pourquoi l’ouvrage INDEPENDANTS ?
Mes parents qui ont vécu cette période, m’ont partagé leur histoire et j’ai trouvé cette période passionnante. Puis, la littérature à travers la collection Afrique noire contemporaine dirigée par Ibrahima Baba Kaké, les livres autour de Lumumba, les écrits de Nkrumah ou Mandela… m’ont permis de faire un tour d’horizon de la fin des années cinquante en Afrique. Ainsi est née l’idée de mettre en scène non les héros dont on connaît le destin tragique mais la jeunesse qui chemina à leurs côtés et fut impactée par leurs combats. Parler de ses rêves et de ses espérances et essayer de comprendre pourquoi plus de cinquante ans après, le chemin parcouru parait si chaotique, parsemé de silences et d’incompréhensions.
Il s’agit en tant qu’africain de parler de cette période sans complexe ni victimisation. Pour avancer. Sans exonérer les anciennes puissances coloniales, je suis de ceux qui pensent que l’Afrique doit panser elle-même ses plaies. Le respect, celui des autres et de soi-même se mérite. Où sont les rues qui commémorent nos héros ? Les films, bibliographies, dessins animés, ou documentaires sur leurs vies ? Des noms de collèges ou d’université, des noms de promotions prestigieuses dans les grandes écoles, des timbres ou symboles nationaux à leurs effigies ? Des monuments… On ne peut pas taire soi -même notre histoire, refuser le travail scientifique ou littéraire qui s’impose mais exiger cet effort de l’extérieur.
Quelles sont les challenges d’un auteur comme toi, pour commercialiser et se faire connaitre au Cameroun ?
Être auteur est un métier. Lorsque ce n’est pas son activité principale, trouver un éditeur, gérer la distribution, ce n’est pas facile. Voire c’est décourageant parfois.
Une anecdote : lorsque l’éditeur a envoyé les 30 premiers exemplaires par poste, les frais de douane à payer ont représenté plus de 50% de la valeur des livres. Tout le monde gagnerait à ce que la culture soit mieux promue et accompagnée car c’est elle qui construit le narratif populaire, crée le liant entre les personnes / communautés et contribue à bâtir une nation autour d’une vision. Au final, c’est le réseau d’amis qui vous aide et qui m’a permis d’organiser par exemple la séance dédicace à la Fnac.
Ta vie semble bien remplie entre famille, profession, et passion. Pourrais-tu partager le déroulement typique de tes journées ? Comment parviens-tu à concilier tous ces challenges et à rester performant dans tes entreprises ?
Adepte du télétravail, je ne suis pas un fan des journées entières à passer au bureau et mon travail me permet de rencontrer des personnes hors du bureau. L’essentiel, ce sont les objectifs à atteindre. Essayer de caler du temps pour la famille, son développement personnel, les activités culturelles et privées.
Aurais tu des conseils/astuces à partager avec ceux des lecteurs qui comme toi désirent être auteur et publier une œuvre littéraire ?
Juste Faire. L’Afrique et le monde sont à raconter et chacun peut y apporter sa modeste pierre. Si l’on en ressent l’envie, juste foncer. En forgeant on devient forgeron.
En conclusion, comment tu vis la transition d’homme de science à celui d’homme de lettres ?
« Science sans conscience n’est que ruine de l’âme ». La culture a toujours fait partie de mon existence. J’adore le cinéma, les livres, les magazines… ce sont les thèmes qui changent : sciences, histoire, culture, construction…
Aujourd’hui quelle est ta plus grande satisfaction ?
Avoir sauté le pas. D’être passé de l’idée à la réalité. Il a fallu du temps comme pour une bière désormais célèbre. De pouvoir apprendre des erreurs commises et engranger de l’expérience dans ce domaine des auteurs. On en ressort humble car on comprend que l’on n’est encore « rien » mais en devenir et cette perspective est reluisante puisque le meilleur reste à venir… Puisse mes ancêtres m’accorder la santé et la force d’aller au bout de mes différents projets.
Ton mot de fin ?….
Il est important d’écrire sur soi, de raconter notre histoire, notre présent, notre vision. Nul besoin de légitimité pour en parler. Si nous ne le faisons pas nous-mêmes, qui d’autre le fera pour nous ? De la façon dont nous voulons le faire pour notre génération et celles à venir. Soyinka disait : “le tigre ne proclame pas sa tigritude, il rugit.” Rugissons !






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